Basse-Terre
L'aile ouest volcanique de la Guadeloupe, où la Soufrière, la forêt tropicale du Parc national et la Réserve Cousteau imposent un rythme plus lent qu'à Grande-Terre.
Basse-Terre forme l'aile ouest de la Guadeloupe, la moitié montagneuse de l'archipel papillon. C'est ici que se concentre le relief : la Soufrière culmine à 1467 mètres, et autour d'elle s'étend le Parc national, environ 22 000 hectares de forêt tropicale humide classés réserve de biosphère par l'UNESCO. La géographie commande tout sur cette île. La côte au vent, à l'est, reçoit les alizés et les averses ; la côte sous-le-vent, à l'ouest, reste plus sèche et abritée. Entre les deux, la chaîne volcanique fait barrage et nourrit un réseau de rivières courtes mais nerveuses : Grande Rivière à Goyaves, Rivière du Galion, Rivière Moustique.
Le chef-lieu, Basse-Terre, est aussi la préfecture du département. Il garde une échelle modeste, environ 10 000 habitants, avec ses maisons créoles aux balcons de bois et le fort Delgrès qui domine la rade. La vraie animation économique s'est déplacée vers Pointe-à-Pitre et Jarry, en Grande-Terre, ce qui laisse à Basse-Terre un rythme plus posé. Sur la côte ouest, des bourgs comme Deshaies, Pointe-Noire, Bouillante et Vieux-Habitants alignent leurs ports de pêche, leurs distilleries (Bologne, Longueteau à Capesterre) et leurs caféiers d'altitude. Vieux-Habitants, justement, est le plus ancien village de Guadeloupe, fondé au XVIIe siècle, et son musée du café raconte une économie qui a précédé la canne dans ces mornes.
La route de la Traversée, la D23, coupe l'île d'est en ouest entre Petit-Bourg et Pointe-Noire en une cinquantaine de minutes. Elle franchit le col des Mamelles à 616 mètres et donne accès au cœur du parc : la Maison de la Forêt, les Cascades aux Écrevisses, les sentiers des deux Mamelles. Plus au sud, les Chutes du Carbet, alimentées par les pluies de la Soufrière, descendent en trois sauts dont le deuxième, à 110 mètres, reste le plus visité. Les températures dans ces forêts tournent autour de 22 à 25 °C en journée, mais l'humidité dépasse souvent 90 % et les averses peuvent tomber à n'importe quelle heure.
La côte sous-le-vent concentre l'autre raison de venir : la mer. La Réserve Cousteau, créée en 1979 autour des Îlets Pigeon face à Malendure, protège environ 1000 hectares de récifs. La plongée y est encadrée, la visibilité varie de 15 à 30 mètres selon la saison, et on y croise tortues vertes, barracudas, gorgones. Les plages de sable noir ou gris foncé, héritage volcanique, signent le littoral : Malendure, Grande Anse de Deshaies, Petite Anse. À Bouillante, des sources chaudes affleurent jusque dans la mer, et la centrale géothermique exploite le même phénomène pour fournir environ 6 % de l'électricité de l'archipel.
Côté table, Basse-Terre cultive un patrimoine créole précis. Le bébélé, ragoût de tripes et de fruit à pain venu de Marie-Galante mais bien ancré ici, le matété de crabes pour Pâques, le colombo de cabri des distilleries familiales, les acras de morue qu'on trouve partout sur les marchés. Le café Bonifieur, variété arabica cultivée sur les pentes de la Soufrière entre 400 et 800 mètres, revient peu à peu après avoir failli disparaître. La fête des cuisinières en août à Pointe-à-Pitre attire des cordons-bleus venus aussi de Basse-Terre, et Capesterre-Belle-Eau garde une forte communauté indo-guadeloupéenne, héritage des engagés indiens du XIXe siècle, visible dans les temples hindous le long de la N1.
Notre équipe a un faible pour cette moitié de l'archipel parce qu'elle exige un peu plus de temps et qu'elle récompense en proportion. Là où Grande-Terre se parcourt en circuits courts d'une plage à l'autre, Basse-Terre demande de ralentir, de marcher, de regarder la pluie passer sur les crêtes depuis une véranda à Pointe-Noire avant de redescendre vers la mer.
À découvrir
Ascension de la Soufrière. Trois heures aller-retour depuis le parking des Bains Jaunes, dans le souffre et la vapeur des fumerolles. Le sommet à 1467 mètres reste souvent dans les nuages, prévoir coupe-vent même par 28 °C en bas.
Plongée à la Réserve Cousteau. Les Îlets Pigeon face à Malendure, sur des fonds protégés depuis 1979. Tortues vertes quasi quotidiennes, jardins de gorgones entre 12 et 25 mètres, accessible aux baptêmes comme aux niveaux confirmés.
Route de la Traversée et Chutes du Carbet. La D23 franchit la forêt dense par le col des Mamelles à 616 mètres. Au sud, les trois Chutes du Carbet descendent de la Soufrière, la deuxième chute à 110 mètres est accessible par 20 minutes de marche.
Distilleries et café Bonifieur. Bologne, Longueteau, Père Labat à proximité : visites de chais et dégustations de rhums agricoles AOC. À Vieux-Habitants, les caféiers d'altitude entre 400 et 800 mètres produisent un arabica longtemps oublié, en cours de relance.
Jardin botanique de Deshaies. Cinq hectares d'anciens terrains de Coluche reconvertis en collection tropicale : héliconias, perroquets, bassin aux carpes koï. Une halte d'ombre quand la chaleur tape sur la côte ouest.
Quand y aller
La saison sèche, le carême en créole, court de décembre à avril. C'est la période la plus stable : alizés réguliers, mer plate sur la côte sous-le-vent, températures de 24 à 28 °C en bord de mer et environ 18 à 22 °C en altitude. La visibilité sous l'eau dans la Réserve Cousteau atteint alors 25 à 30 mètres. De juin à novembre s'installe l'hivernage : averses tropicales courtes mais intenses, humidité élevée, et un risque cyclonique réel entre août et octobre. Septembre est le mois statistiquement le plus actif pour les ouragans dans l'arc antillais.
Sur Basse-Terre, le relief amplifie tout. Le versant au vent, autour de Capesterre et Sainte-Rose, peut recevoir 6 à 8 mètres de pluie par an sur les hauteurs du parc, contre 1 à 1,5 mètre sur la côte sous-le-vent à Deshaies. Concrètement, même en pleine saison sèche, prévoir un imperméable pour les sentiers du parc : il pleut presque tous les jours sur la Soufrière. Mai et novembre sont des mois charnières intéressants, fréquentation basse et météo encore correcte.
Conseils pratiques
Nous recommandons au minimum 5 à 6 nuits sur Basse-Terre pour que le déplacement ait du sens : une journée de plongée ou snorkeling à Malendure, une journée pour la Soufrière ou les Chutes du Carbet, une journée sur la route de la Traversée et le jardin de Deshaies, plus du temps de plage. L'entrée se fait par l'aéroport Pôle Caraïbes à Pointe-à-Pitre, en Grande-Terre, puis 45 minutes à 1h30 de route selon la zone (Deshaies est le plus éloigné). La voiture de location est indispensable, les transports en commun étant limités.
Basse-Terre se combine naturellement avec Grande-Terre, qu'on garde souvent en début ou fin de séjour pour les plages de sable blanc et les marchés. Les Saintes se rejoignent en 20 minutes de navette depuis Trois-Rivières, sur la pointe sud, ce qui en fait une excursion logique sur 2 nuits. Marie-Galante et La Désirade demandent un peu plus d'organisation et partent plutôt depuis Saint-François en Grande-Terre. L'hébergement va du gîte créole familial dans les hauteurs aux petits hôtels de charme de Deshaies et Bouillante, sans grandes structures de type resort. La région convient bien aux randonneurs, aux plongeurs, aux familles avec enfants en âge de marcher, et aux voyageurs qui acceptent un rythme plus lent que celui des plages de Saint-François.









